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Géopoint 2010

Les échelles pour les géographes et les autres

Cultures, finalités et pratiques scalaires

Avignon, 3 et 4 juin 2010

Organisé par :

Philippe Martin, UMR 6012 ESPACE – Université d’Avignon

Les organisateurs du Géopoint 2010 et le Groupe Dupont remercient :
• la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
• le CNRS
• l'UMR ESPACE
• l'équipe d'Avignon de l'UMR ESPACE
• l'Université d'Avignon
• L'UFR Lettres et Sciences Humaines de l'Université d'Avignon
pour leurs aides diverses dont financières.

 

Exposé de la thématique

 

Affiche Géopoint 2010  

Comme chacun le sait, la question de l'échelle en géographie est fondamentalement liée au décalage entre les informations que les sens d'un individu lui permettent de collecter et les besoins en informations géolocalisées, bien plus larges, dont cet individu (ou tout groupe) a besoin pour mieux vivre ou au moins pour survivre. Longtemps cette capacité à articuler des savoirs locaux et globaux a été la tâche de corporations spécifiques comme les caravaniers sur les mers de sable, les guides dans les immensités des forêts ou les pilotes sur les océans du monde.

Avec l'avènement de structures protoétatiques antiques puis étatiques modernes s'est progressivement installé, dans le paysage des savoirs, un groupe de professionnels de cette pensée conjointe du lointain et du proche. Mais c'est surtout par la carte, donc par la rationalisation, par la conservation et la transmission de ces savoirs, sous une forme facilement communicable, car fondamentalement adaptée aux capacités de lecture et de compréhension innées des signes de notre cerveau, que le géographe s'est imposé comme l'un des conseillers des princes.

L'échelle est donc une des bases historiques des connaissances du géographe avec les interrogations sur la position, car penser ce qui est loin par rapport à ce qui est proche nécessite certes deux niveaux d'information et de lecture, mais aussi et surtout un moyen technique de ramener ces ailleurs lointains, à la taille appréhendable de ce qui est local. Là apparaît l'échelle sous forme de fractions, lesquelles ont comme base commune et comparable le numérateur 1, c'est-à-dire l'échelle de l'homme qui autorise la mise en relation de toutes les autres échelles. D'une certaine façon, toute approche scalaire est ainsi doublement relativiste. Elle l'est, d'une part puisqu'elle prend comme référence commune l'échelle de l'homme, mais elle l'est aussi d'autre part, car aucune échelle ne peut être pensée seule.
Ainsi au problème bien connu du où, à celui du pourquoi y a-t-il là (et pas ailleurs) quelque chose de spécifique et pas rien, à celui du qui est à côté de qui, doivent être ajoutés plusieurs autres questionnements dans les raisonnements des géographes :

  • À quelle(s) échelle(s) un phénomène géographique peut-il être mesuré et comment ? Ceci soulevant de larges problèmes méthodologiques et la question essentielle de la dépendance d'échelle de la mesure et donc, de la dépendance d'échelle de l'information géographique.
  • À quelle(s) échelle(s) le phénomène étudié se structure-t-il intrinsèquement ? Ceci incluant la logique ou la loi qui définit les rapports scalaires à l'intérieur de l'unité ou de l'entité.
  • À quelle(s) échelle(s) le phénomène problématisé déploie-t-il ses rapports avec ce qui est autre, avec son « environnement » ? La question se pose-t-elle seulement au niveau de sa limite, de sa frontière matérielle ou au contraire renvoie-t-elle à une plus petite échelle, à des mécanismes développés en profondeur, dans son environnement ?
  • À quelle(s) échelle(s) tel phénomène doit-il être restitué et comment ? Dans ce cas, c'est la carte qui est en question. Mais comment penser une représentation multiscalaire, donc autre, que celle dictée par une seule échelle, fut-elle ronde ?
  • Quel est, ou quels sont, les ordres de grandeur des phénomènes que la géographie prend en compte, et donc quelle peut être la gamme des échelles concernant tant, la géographie physique (entre 10-6 et 10+8 m ?) que de la géographie humaine (entre 10-1 et 10+7 m ?) ?
  • Comment expliciter les rapports scalaires, les variations entre échelles (invariance d'échelle ; transition fractal-non fractal) tant dans l'exploration quantifiée des faits géographiques que dans les modélisations numériques, que l'on retrouve tant dans les modèles bottom up que top down ? Etc.

Jusqu'à quel point pouvons-nous alors considérer que la question de l'échelle est identitaire pour la géographie ? Si notre discipline lui accorde une place plus centrale que les autres sciences, à quoi cela correspond-il ? Cela renvoie-t-il à la culture géographique qui permettrait, plus que toutes autres, d'instrumentaliser l'échelle ? Cela renvoie-t-il à la finalité du projet géographique qui intègrerait l'échelle comme élément des causalités fondamentales explicatives du monde ? Cela a-t-il quelque chose à voir avec le projet aménagiste qui nécessairement porte une intentionnalité scalairement articulé ? Etc.

La question de l'échelle recouvre donc des aspects conceptuels très différents et très profonds qui renvoient à un vocabulaire mouvant, ce qui ne rend pas les choses plus aisées à comprendre et à transmettre tant à des publics scolaires ou universitaires, qu'à des collègues d'autres champs académiques. Il y a derrière cette question beaucoup d'appréhension, d'incertitude, d'incompréhension etc. qu'il faudrait pouvoir réduire afin d'accroître l'utilité sociale de la géographie, car cette dimension scalaire est aussi liée au pouvoir explicatif de la géographie.

Ainsi, de façon générale, c'est le rapport entre la taille (ou l'ordre de grandeur) et le type d'entité qui est pointé en géographie. À certaines tailles correspondent certaines entités, voire certaines formes, le changement de taille entraînant un changement de forme. Aussi le corpus géographique fait-il apparaître une relation nette entre la taille d'une entité ou d'une unité et l'échelle à laquelle cette entité ou unité peut être appréhendée, mesurée. Cependant, ce changement de taille impliquant un changement de forme n'est qu'un cas particulier des relations scalaires.

En d'autres termes, la théorisation en géographie, au moins celle des morphologies apparentes (mais certainement aussi de bien d'autres aspects de l'espace géographique) nécessite de théoriser les rapports scalaires qui peuvent être considérés comme causaux dans une perspective structurelle. C'est en cela aussi que cette idée d'échelle qui est maintenant centrale dans bien des disciplines, l'est aussi en géographie. Il ne peut donc y avoir de géographie théorique sans une théorisation des rapports scalaires en géographie sur le modèle de ce qui a été formalisé ailleurs. Ce colloque essayera d'avancer, avec d'autres, sur cette piste.

 

Thèmes du Géopoint 2010

Les discussions seront centrées autour des quatre sous-thèmes suivants :

  1. Quelle prise en compte des échelles dans les outils et modèles géographiques descriptifs et prospectifs ? État actuel, évolutions possibles.
  2. Les rapports scalaires d'un territoire. L'intra, l'extra et l'inter-territorial.
  3. Les « jeux » scalaires de la crise actuelle (financière, économique, sociale, sanitaire, etc.) : entre global et local et inversement.
  4. Le vocabulaire de la scalarité et la question des échelles dans d'autres disciplines : Dialogue transdisciplinaire.

 

 

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